Il y a des chrétiens qui vivent constamment dans la peur de perdre leur salut. On leur a tellement répété que Dieu pouvait les renier au moindre faux pas qu’ils ont fini par croire que leur relation avec lui dépendait principalement de leur capacité à respecter certaines règles.
Il ne faut pas faire ceci, il ne faut pas porter cela, il ne faut pas fréquenter certaines personnes, il ne faut pas aller à certains endroits. Et attention, parce que si tu désobéis, tu risques de perdre ton salut. Certains vont même jusqu’à annoncer l’enfer à ceux qui ne se conforment pas à leurs prescriptions.
À force d’entendre ces discours, certains chrétiens finissent par vivre dans une inquiétude permanente. Ils ont peur de mal faire, peur de déplaire à Dieu et surtout peur qu’un jour, malgré tous leurs efforts, Dieu finisse par les rejeter.
Et ce qui me touche particulièrement, c’est que parmi eux, il y a des personnes profondément sincères. Des chrétiens qui aiment réellement Dieu, qui veulent lui plaire de tout leur cœur et qui prennent leur foi très au sérieux.
Le problème, c’est qu’on leur a appris à entretenir avec Dieu une relation principalement nourrie par la peur d’être rejetés, plutôt que par la confiance en son amour.
Quand la peur devient le moteur de la piété
Je pense qu’on ne mesure pas toujours les conséquences que peuvent avoir ces enseignements sur la vie intérieure d’un croyant.
Une personne qui vit constamment dans la peur d’être rejetée va naturellement chercher à éviter tout ce qui pourrait provoquer ce rejet. Elle va faire attention à sa conduite, surveiller ses paroles, multiplier les efforts pour être irréprochable.
Et extérieurement, cela peut donner l’impression d’une vie chrétienne exemplaire.
Ces personnes sont parfois les plus assidues aux réunions, les plus engagées dans les activités de leur assemblée, les plus rigoureuses dans leurs pratiques religieuses. On les cite en exemple, on admire leur consécration et certains cherchent même à les imiter.
Seulement, derrière cette apparence de piété, il peut y avoir une personne qui vit dans une profonde angoisse.
Elle ne fait pas nécessairement toutes ces choses parce qu’elle est convaincue de leur justesse ou parce qu’elle y trouve de la joie. Elle les fait aussi parce qu’elle a peur. Peur d’être jugée, peur d’être démasquée, peur de décevoir Dieu ou de perdre son salut.
Et c’est ainsi qu’une personne sincère peut finir par développer une forme de piété de façade, simplement parce qu’elle n’ose plus montrer ses faiblesses.
Elle apprend à présenter une image rassurante de sa vie spirituelle, même lorsqu’intérieurement elle est épuisée.
Des vêtements de piété de plus en plus coûteux
Il y a une image qui me vient souvent à l’esprit lorsque je pense à ces chrétiens. Celle d’une personne qui passe son temps à confectionner des vêtements de piété pour cacher sa peur et sa honte.
Elle se sent coupable, alors elle redouble d’efforts. Elle a peur de perdre son salut, alors elle multiplie les disciplines religieuses. Elle pense avoir déplu à Dieu, alors elle cherche à se rendre plus irréprochable encore.
Et ces vêtements de piété deviennent de plus en plus coûteux.
Coûteux en temps, en énergie, en santé mentale et parfois même en finances.
Certains finissent par s’imposer des exigences qu’ils ne parviennent plus à supporter. Ils prient davantage, jeûnent davantage, participent à toujours plus d’activités, donnent parfois au-delà de leurs moyens, parce qu’ils espèrent ainsi retrouver une certaine tranquillité intérieure.
Mais cette tranquillité ne dure jamais vraiment.
Il y a toujours une nouvelle règle à respecter, un nouvel effort à fournir, une nouvelle faute à éviter. Et lorsqu’ils n’y arrivent pas, la culpabilité revient, accompagnée de cette même peur d’être rejetés.
C’est une véritable spirale d’épuisement.
Ce qui m’interpelle, c’est que plus ces personnes cherchent à se rassurer par leurs efforts, plus elles risquent de perdre de vue celui auprès de qui elles pourraient justement trouver du secours.
La peur qui nous éloigne de celui qui peut nous secourir
Réfléchissons un instant.
Lorsque tu as conscience d’avoir mal agi, lorsque tu as honte de quelque chose que tu as fait, pourquoi faudrait-il commencer par te rendre présentable avant de t’approcher de Dieu ?
Pourquoi faudrait-il d’abord multiplier les bonnes œuvres, les prières ou les sacrifices pour espérer retrouver sa faveur ?
La Bible nous dit pourtant que Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice lorsque nous les reconnaissons (1 Jean 1.9).
Elle nous invite également à nous approcher avec confiance du trône de la grâce afin de recevoir la compassion et le secours dont nous avons besoin (Hébreux 4.16).
Alors pourquoi apprendre aux chrétiens à fuir Dieu lorsqu’ils ont péché, en leur donnant l’impression qu’ils doivent d’abord faire leurs preuves avant de revenir auprès de lui ?
C’est précisément ce qui rend cette manière d’enseigner si préoccupante.
La personne a peur d’être rejetée. Cette peur l’empêche de s’approcher librement de Dieu. Alors, pour compenser, elle multiplie les efforts religieux. Et lorsqu’elle échoue à nouveau, elle se sent encore plus indigne.
Elle finit par chercher dans ses performances ce qu’elle devrait recevoir auprès de Dieu.
Pourtant, c’est justement lorsque nous reconnaissons notre faiblesse et notre besoin de secours que nous avons besoin de nous approcher de lui.
L’amour parfait chasse la peur
Dans sa première lettre, l’apôtre Jean nous enseigne que l’amour parfait chasse la peur, parce que la peur est liée à la punition (1 Jean 4.18).
Je trouve ce passage particulièrement important lorsqu’on parle de notre relation avec Dieu.
Jean ne nous dit pas que le chrétien ne ressentira jamais aucune peur. Il parle précisément de cette crainte du jugement et de la punition qui empêche de vivre pleinement dans l’assurance de l’amour de Dieu.
Bien entendu, cela ne signifie pas que le péché n’existe plus ou que notre conduite n’a aucune importance.
La Bible nous appelle à vivre dans la sainteté, à renoncer au mal et à marcher d’une manière digne de notre vocation. Il serait malhonnête de prétendre le contraire.
Mais il faut aussi comprendre que la grâce de Dieu ne nous a pas été donnée pour nous maintenir dans une angoisse permanente.
Dans Romains 8.15, Paul rappelle aux croyants qu’ils n’ont pas reçu un esprit d’esclavage pour vivre encore dans la peur, mais l’Esprit qui fait d’eux des enfants de Dieu.
Il y a une différence importante entre respecter Dieu, prendre sa Parole au sérieux et vivre constamment dans la terreur qu’il puisse nous renier.
La crainte respectueuse de Dieu nous conduit à reconnaître sa sainteté et à prendre au sérieux ce qu’il nous enseigne. La peur permanente du rejet, elle, peut nous enfermer dans une relation où chaque erreur devient une menace et chaque effort une tentative de conserver notre place auprès de lui.
Or, notre salut repose sur l’œuvre de Jésus-Christ, et non sur notre capacité à présenter une conduite irréprochable en toutes circonstances.
C’est d’ailleurs ce qui rend l’Évangile si précieux. Nous avons été sauvés par grâce, au moyen de la foi, comme Paul le rappelle dans Éphésiens 2.8-10. Et cette même grâce nous appelle ensuite à vivre autrement.
L’obéissance chrétienne a toute sa place. Seulement, elle ne doit pas devenir une tentative désespérée de mériter ce que Dieu nous a donné en Jésus-Christ.
À toi qui vis dans la peur de perdre ton salut
J’aimerais maintenant m’adresser à toi qui te reconnais dans ces lignes.
Toi qui aimes sincèrement Dieu, mais qui as tellement peur de lui déplaire que ta vie chrétienne est devenue une source permanente d’inquiétude.
Toi qui n’oses plus reconnaître tes faiblesses parce que tu as honte. Toi qui multiplies les efforts pour être irréprochable, mais qui as toujours l’impression de ne pas en faire suffisamment.
J’aimerais simplement te rappeler que ce n’est pas un homme qui t’a sauvé.
Ce n’est pas ton pasteur qui t’a justifié. Ce n’est pas ton assemblée qui a donné sa vie pour toi.
C’est Jésus-Christ.
Alors prends le temps de revenir à ce que l’Évangile enseigne réellement sur ton salut et sur ta relation avec Dieu. Apprends aussi à distinguer ce que Dieu demande de toi des exigences que certains hommes ont ajoutées à sa Parole.
Si tu as péché, reconnais-le devant Dieu. Si tu es tombé, approche-toi de lui pour recevoir son secours. Et si tu es épuisé de chercher à mériter son amour, rappelle-toi que c’est lui qui nous a aimés le premier.
Tu n’as pas à passer ta vie à confectionner des vêtements de piété de plus en plus coûteux pour essayer de cacher ta honte et ta peur.
Je crois profondément qu’il est temps que certains chrétiens sortent de cette spirale dans laquelle ils ont été entretenus pendant des années.
Parce qu’une relation à Dieu qui se résume à la peur d’être puni finit par devenir un fardeau terrible, même pour celui qui aime sincèrement le Seigneur.
Et si aujourd’hui tu ne sais plus où donner de la tête, tellement tu as peur de déplaire à Dieu, j’aimerais t’encourager à retourner auprès de celui qui t’a sauvé.
C’est auprès de lui, et non dans l’accumulation de nouvelles exigences religieuses, que tu trouveras le pardon et le secours dont tu as réellement besoin.