Servir Dieu, est-ce forcément servir dans une église ?

Les coulisses d'une assemblée chrétienne active

Dans certaines assemblées chrétiennes, lorsqu’on demande à une personne si elle sert Dieu, on cherche généralement à savoir si elle occupe une fonction dans son église. Est-elle choriste ? Fait-elle partie de l’équipe d’accueil ? Est-elle responsable d’un département ? Participe-t-elle régulièrement aux activités organisées par l’assemblée ?

Lorsqu’elle ne fait partie d’aucun département, on considère parfois qu’elle ne sert pas Dieu ou qu’elle ne s’investit pas suffisamment dans sa vie chrétienne.

Cette manière de concevoir le service chrétien mérite, à mon avis, d’être questionnée.

À quel moment avons-nous commencé à considérer que l’engagement d’un chrétien envers Dieu se mesure principalement aux responsabilités qu’il occupe dans son assemblée ?

Servir Dieu dépasse largement les murs d’une église

Je pense qu’il est important de commencer par faire une distinction entre servir Dieu et servir dans une assemblée chrétienne.

Servir dans une assemblée est une manière de servir Dieu, mais ce n’est certainement pas la seule. Le service chrétien concerne notre vie entière.

Dans Romains 12.1, Paul encourage les croyants à offrir leur personne tout entière à Dieu comme un sacrifice vivant. Il présente cette démarche comme un culte véritable.

Ce passage nous invite à considérer notre existence dans son ensemble comme un lieu où notre foi peut s’exprimer.

Un chrétien qui prend soin de ses parents vieillissants, qui élève ses enfants, qui exerce son métier avec intégrité ou qui vient en aide à une personne en difficulté peut également servir Dieu à travers ces engagements.

Dans Colossiens 3.23-24, Paul encourage les croyants à accomplir leur travail de bon cœur, comme pour le Seigneur. Il s’adresse ici à des esclaves dans le contexte social de son époque. Son exhortation nous rappelle que le service rendu à Dieu peut aussi s’exprimer dans les responsabilités ordinaires de notre existence.

Il serait donc dommage de réduire une réalité aussi vaste aux fonctions que nous exerçons dans une organisation religieuse.

Notre foi chrétienne nous accompagne dans toutes les dimensions de notre existence. Notre manière de traiter les autres, de travailler et d’assumer nos responsabilités compte également dans notre relation avec Dieu.

Participer à la vie de son assemblée reste important

Je tiens à apporter cette précision parce que je ne voudrais pas que ma réflexion soit comprise comme une invitation à se désintéresser de la vie communautaire.

Une assemblée chrétienne est un lieu de communion fraternelle, d’enseignement et d’entraide. Elle a besoin de personnes qui acceptent de donner de leur temps pour contribuer à son fonctionnement.

Dans 1 Pierre 4.10, nous sommes encouragés à mettre les dons que nous avons reçus au service les uns des autres.

Il est donc normal que les membres d’une assemblée soient invités à participer à sa vie, selon leurs capacités et leurs disponibilités.

Lorsqu’une personne accepte une responsabilité, elle doit aussi s’efforcer de respecter ses engagements. Les autres membres de l’équipe comptent sur elle, et cela mérite d’être pris au sérieux.

Seulement, nous n’avons pas tous les mêmes possibilités.

Une personne qui travaille le week-end, un parent qui élève seul ses enfants ou quelqu’un qui accompagne un proche malade ne dispose pas nécessairement du même temps qu’une personne dont les contraintes sont différentes.

Il serait injuste d’en conclure que celui qui consacre davantage d’heures aux activités de son assemblée sert forcément mieux Dieu.

Notre disponibilité pour une organisation ne constitue pas, à elle seule, une mesure de notre fidélité envers le Seigneur.

Quand l’engagement devient une source de culpabilisation

Il arrive que certaines personnes souhaitent réduire leur participation aux activités de leur assemblée et se retrouvent confrontées à des remarques désobligeantes.

On leur rappelle que d’autres font des sacrifices, qu’il faut payer le prix ou que servir Dieu demande de renoncer à son confort.

Je comprends qu’un responsable puisse être déçu lorsqu’un membre se retire d’une activité, particulièrement lorsque ce départ complique l’organisation du travail.

Mais il faut aussi savoir respecter les limites des autres.

Le fait qu’une personne ait choisi de consacrer une grande partie de son temps aux activités de son église ne lui donne pas le droit d’exiger le même engagement de tous.

Les sacrifices que nous choisissons librement de faire ne devraient pas devenir des arguments pour culpabiliser ceux qui font d’autres choix.

On peut encourager les membres d’une assemblée à s’investir, leur expliquer les besoins de la communauté et les inviter à y répondre. Cela peut se faire sans exercer de pression sur leur conscience.

Je pense qu’il faut également accepter qu’une personne puisse revoir ses engagements au fil du temps. Les circonstances de la vie évoluent. Ce qui était possible il y a deux ans ne l’est pas nécessairement aujourd’hui.

Cela ne signifie pas qu’elle a perdu son amour pour Dieu ou pour sa communauté.

Quand les ambitions des responsables deviennent les obligations des fidèles

Il y a un autre aspect de cette question que je trouve important d’aborder.

Une assemblée chrétienne est aussi une organisation humaine. Elle a un fonctionnement, des projets et des objectifs qui sont généralement définis par un pasteur ou un collège de responsables.

Certains souhaitent agrandir leurs locaux, ouvrir de nouvelles assemblées, développer plusieurs départements ou multiplier les programmes proposés aux membres.

Ces projets peuvent répondre à de véritables besoins et être portés par des intentions tout à fait louables.

Seulement, leur réalisation demande des moyens, notamment humains. Et ce sont généralement les fidèles qui sont sollicités pour faire fonctionner l’ensemble.

Plus les activités se multiplient, plus les besoins en bénévoles augmentent.

À un moment donné, il me semble nécessaire de se demander si les attentes que l’on fait peser sur les membres correspondent réellement à leurs possibilités.

Car l’ambition d’un responsable religieux, aussi sincère soit-elle, ne constitue pas automatiquement une obligation spirituelle pour les fidèles.

Ce n’est pas parce qu’un pasteur souhaite organiser davantage de programmes que chaque membre doit nécessairement réorganiser sa vie pour permettre leur réalisation.

Les fidèles ont aussi des responsabilités en dehors de l’assemblée. Et ces responsabilités méritent d’être respectées.

Lorsqu’une église manque de personnes pour assurer toutes ses activités, pourquoi faudrait-il systématiquement demander aux membres de faire davantage de sacrifices ?

Ne serait-il pas parfois plus raisonnable de revoir certains projets ou de réduire le nombre d’activités ?

Il faut pouvoir se poser ces questions sans que cela soit immédiatement interprété comme un manque de foi ou d’engagement envers Dieu.

Dans 1 Pierre 5.2-3, les anciens sont encouragés à prendre soin du troupeau qui leur est confié, en exerçant leur responsabilité volontairement et sans dominer ceux dont ils ont la charge.

Cette exhortation devrait également nous amener à réfléchir à la manière dont les responsables sollicitent les membres de leurs assemblées.

Une vision pastorale peut être sincère et néanmoins produire des attentes déraisonnables.

Et je pense qu’il est important de reconnaître qu’une assemblée peut avoir de très beaux projets sans disposer, à un moment donné, des moyens nécessaires pour tous les réaliser.

Les membres d’une communauté chrétienne sont des personnes dont les vies ne se résument pas aux besoins de l’organisation.

L’activité religieuse ne garantit pas la maturité spirituelle

Il me semble également nécessaire de questionner cette tendance à considérer les personnes les plus actives dans une assemblée comme étant automatiquement les plus engagées spirituellement.

On peut être présent à toutes les réunions, exercer plusieurs responsabilités et être reconnu pour son dévouement, tout en ayant de sérieuses difficultés à manifester de l’amour ou de l’intégrité dans ses relations avec les autres.

À l’inverse, une personne qui n’occupe aucune fonction officielle peut manifester une foi profonde dans sa manière de vivre au quotidien.

L’engagement dans une assemblée peut témoigner d’un véritable amour pour Dieu et pour les autres. Mais il ne suffit pas, à lui seul, à établir la maturité spirituelle d’une personne.

Dans Romains 12, Paul parle des différents dons accordés aux membres du corps de Christ. Il rappelle que tous n’ont pas la même fonction.

Il serait donc étrange de vouloir mesurer tous les croyants à partir d’un modèle unique d’engagement.

La vie chrétienne ne devrait pas devenir une compétition dans laquelle les personnes les plus occupées seraient considérées comme les plus fidèles.

Servir Dieu, c’est aussi apprendre à reconnaître ce qui compte

Je crois que nous gagnerions à retrouver une compréhension plus large du service chrétien.

Il y a des personnes qui servent fidèlement Dieu dans des situations que personne ne remarque. Des parents qui prennent soin de leurs enfants, des proches qui accompagnent des personnes dépendantes, des croyants qui choisissent l’honnêteté dans leur travail alors qu’ils auraient tout intérêt à agir autrement.

Ces engagements peuvent demander beaucoup de temps et parfois de véritables sacrifices.

Pourquoi leur accorderions-nous moins de valeur qu’aux responsabilités exercées dans une assemblée ?

Dans Matthieu 25.35-40, Jésus évoque notamment le fait de nourrir celui qui a faim, d’accueillir l’étranger et de visiter celui qui est malade ou emprisonné. Dans ce passage consacré au jugement, il montre l’importance qu’il accorde à la manière dont les personnes concernées ont été traitées.

Cela devrait nous encourager à regarder le service chrétien au-delà des activités religieuses auxquelles nous participons.

J’aimerais que nous puissions apprendre à apprécier l’engagement de chacun sans établir de hiérarchie entre les croyants selon leur degré de visibilité dans une assemblée.

Et surtout, que nous sachions distinguer les besoins légitimes de nos communautés des exigences que nous attribuons parfois trop facilement à Dieu.

Servir Dieu ne signifie pas mettre toute sa vie à la disposition des ambitions d’une organisation religieuse.

Notre engagement communautaire a sa place dans notre vie chrétienne. Il doit pouvoir s’inscrire dans une existence où nous avons également d’autres responsabilités à assumer devant Dieu.

Alors, avant de reprocher à un chrétien de ne pas suffisamment servir Dieu parce qu’il n’occupe aucun poste dans son assemblée, prenons au moins le temps de nous demander ce que nous entendons réellement par « servir Dieu ».

Il se pourrait que notre définition soit devenue bien trop étroite.


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2 commentaires

  1. Il y en a qui vont plus loin en hierarchisant les services à l’eglise. Certains étant considérés comme « moins spirituels », on te demande de servir ou on te dit que certaines difficultés sont liées à ton manque de service dans la maison du Seigneur et lorsque tu objectes que tu sers déjà, on te sors que le Seigneur t’attend ailleurs, dans une activité plus spirituelle.

    1. C’est vrai, j’ai déjà entendu des gens dire cela. Attribuer les difficultés d’une personne à son manque de service dans l’église (bâtiment) est un mensonge.

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