Il y a cette question que beaucoup de croyants se posent : si Dieu est un Père infiniment riche, pourquoi certains de ses enfants traversent-ils le manque, la maladie, les difficultés ou des saisons particulièrement éprouvantes ?
Cette question n’est pas nouvelle. Pourtant, à notre époque, elle est souvent alimentée par un certain discours chrétien qui associe la foi à la réussite visible. Selon cette logique, une foi authentique devrait produire une vie confortable, prospère et relativement épargnée par les épreuves. Lorsque les difficultés persistent, la conclusion tombe rapidement : il doit manquer quelque chose. Une meilleure prière. Une déclaration plus audacieuse. Une foi plus forte.
Mais cette manière de voir les choses résiste difficilement à la lecture du Nouveau Testament.
Quand la foi devient une transaction
Il est possible de croire en Jésus tout en adoptant, parfois sans s’en rendre compte, une vision commerciale de la relation avec Dieu.
Dans cette logique, la foi devient un investissement destiné à produire un retour garanti. On prie pour obtenir. On donne pour recevoir. On applique des principes dans l’espoir de déclencher certaines bénédictions. Peu à peu, Dieu cesse d’être un Père pour devenir un moyen d’atteindre nos objectifs.
Bien sûr, Dieu bénit ses enfants. Il répond aux prières. Il prend soin des siens. Les Écritures en témoignent abondamment.
Le problème apparaît lorsque nous transformons ces vérités en mécanismes automatiques.
L’apôtre Paul a constamment rappelé aux croyants que la vie chrétienne repose sur la grâce et non sur des formules spirituelles. Dans l’épître aux Galates, il combat l’idée selon laquelle l’homme pourrait obtenir les faveurs de Dieu par ses propres performances ou par l’application de règles particulières.
La grâce ne fonctionne pas comme un contrat commercial. Elle est un don.
Le témoignage dérangeant des apôtres
Si l’on appliquait certains critères modernes de réussite spirituelle aux apôtres, leur ministère serait probablement considéré comme un échec.
Paul a connu la prison, les coups, les naufrages, la faim, la fatigue et le rejet. Il écrit lui-même :
« Comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs ; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses » (2 Corinthiens 6.10).
Cette phrase est difficile à comprendre pour une mentalité qui associe automatiquement la bénédiction à l’abondance matérielle.
Les apôtres ne vivaient pas dans le luxe. Ils ne possédaient pas de signes extérieurs de réussite capables d’impressionner les foules. Pourtant, personne ne peut sérieusement affirmer qu’ils manquaient de foi.
Leur vie démontre exactement l’inverse.
Ils avaient compris que la foi n’est pas un outil destiné à obtenir tout ce que nous désirons. Elle est la confiance profonde que Dieu demeure fidèle, même lorsque les circonstances ne correspondent pas à nos attentes.
Chercher d’abord le Royaume
Dans Matthieu 6, Jésus s’adresse à des hommes et des femmes confrontés aux mêmes préoccupations que nous : la nourriture, les vêtements, les besoins quotidiens et les incertitudes de l’avenir.
Il ne leur reproche pas d’avoir ces préoccupations. Il les invite simplement à regarder plus haut.
« Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6.33).
Ce passage est parfois présenté comme une formule garantissant une prospérité sans limite. Pourtant, ce n’est pas ce que Jésus enseigne.
Son message est beaucoup plus simple et beaucoup plus profond.
Le Père connaît nos besoins.
Il sait ce qui est nécessaire pour notre vie.
Il sait ce qui est utile à notre mission.
Il sait également ce qui pourrait nous éloigner de Lui.
Chercher le Royaume consiste donc à faire confiance à cette sagesse parfaite plutôt qu’à nos propres calculs.
Dieu promet sa présence, ses soins et sa fidélité. Il ne promet pas que chacun de ses enfants deviendra riche selon les critères du monde.
La provision n’est pas l’opulence
Il existe une différence importante entre la provision et l’opulence.
La provision répond au besoin.
L’opulence cherche souvent à satisfaire des désirs toujours plus nombreux.
Lorsque Jésus enseigne à ses disciples à prier, il leur apprend à demander le pain quotidien. Il ne leur enseigne pas à exiger des réserves illimitées.
Cette distinction mérite d’être méditée.
Notre société, ainsi que certaines “églises”, nous poussent constamment à croire que nous n’avons jamais assez. Elles nourrissent l’insatisfaction permanente. Même lorsque nous recevons davantage, nous découvrons rapidement de nouveaux besoins, de nouvelles envies et de nouvelles comparaisons.
Le Royaume de Dieu fonctionne autrement.
La gratitude y remplace l’avidité.
Le contentement y remplace la course permanente à l’accumulation.
La confiance y remplace l’anxiété.
La richesse que personne ne peut voler
Lorsque le Nouveau Testament parle de richesse, il ne se limite jamais à l’argent.
Il parle de paix.
Il parle de joie.
Il parle d’espérance.
Il parle d’amour.
Il parle d’une communion avec Dieu qui demeure intacte même lorsque tout vacille autour de nous.
Cette richesse-là ne dépend ni des marchés financiers ni des circonstances.
Personne ne peut la voler.
Personne ne peut la dévaluer.
Personne ne peut la détruire.
C’est pourquoi tant de croyants à travers l’histoire ont pu traverser les épreuves avec une stabilité qui dépasse l’entendement humain.
Leur sécurité ne reposait pas sur ce qu’ils possédaient mais sur Celui qui les possédait.
Changer notre définition de l’abondance
Dieu veut combler ses enfants. Mais très souvent, Il commence par transformer leur manière de définir ce qui compte réellement.
Nous rêvons parfois d’une vie sans difficultés. Lui travaille à former en nous le caractère du Christ.
Nous cherchons souvent le confort. Lui cherche notre maturité.
Nous désirons parfois la réussite visible. Lui produit en nous des fruits éternels.
Cela ne signifie pas que les bénédictions matérielles sont mauvaises. Elles peuvent être de véritables cadeaux de Dieu. Mais elles ne constituent jamais la mesure de notre valeur ni de notre foi.
Une personne peut être prospère et marcher avec Dieu.
Une autre peut traverser le manque tout en étant profondément approuvée par Lui.
L’état de notre compte bancaire ne révèle pas automatiquement l’état de notre relation avec Dieu.
Le véritable trésor
L’Évangile n’est pas un contrat commercial.
Il n’est pas un système de récompenses destiné à enrichir ceux qui appliqueraient correctement certaines méthodes spirituelles.
L’Évangile est l’annonce extraordinaire que Dieu nous a réconciliés avec Lui par Jésus-Christ.
Cette bonne nouvelle nous libère.
Elle nous libère de la course à l’approbation des autres.
Elle nous libère de la tentation de mesurer notre valeur à nos possessions.
Elle nous libère de la pensée selon laquelle nous devons mériter l’amour du Père.
Tu n’as pas besoin d’activer une formule particulière pour être aimé de Dieu.
Tu n’as pas besoin de prouver ta valeur par ta réussite matérielle.
Tu n’as pas besoin de transformer ta foi en stratégie de développement personnel.
Marche simplement avec ton Seigneur.
Fais-Lui confiance dans l’abondance comme dans le manque.
Et souviens-toi que le plus grand trésor que Dieu donne à ses enfants n’est pas ce qu’Il place dans leurs mains, mais la relation qu’Il établit avec eux pour l’éternité.
Et si on en parlait…
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