Mettre à nu ses blessures pour mieux guérir

Il n’est pas possible de soigner une plaie cachée. C’est une vérité que tout soignant connaît : tant que la blessure reste recouverte, ignorée ou mal observée, on ne peut pas lui donner les soins adaptés. On peut bien appliquer un pansement à la hâte, mais sans nettoyage, sans exposition à la lumière et sans attention particulière, la plaie risque de s’infecter.

Il en est de même pour nos blessures intérieures. Celles que nous camouflons derrière des sourires de façade, celles que nous taisons par peur d’être jugés, celles que nous pensons avoir enterrées mais qui continuent de suppurer dans l’ombre de nos vies.

Les blessures qu’on ne veut pas voir

Nous avons tous nos fractures invisibles : un rejet vécu dans l’enfance, une trahison, un deuil, une parole blessante répétée mille fois. La douleur enfouie ne disparaît pas avec le temps ; au contraire, elle s’infiltre dans notre quotidien. Comme une gangrène, elle gagne du terrain silencieusement. Elle se traduit parfois par des insomnies, des colères inexpliquées, une fatigue constante ou un vide intérieur difficile à combler.

Le problème, c’est que nous apprenons trop souvent à cacher ces blessures. La société valorise la performance, l’image maîtrisée, la force apparente. Alors nous jouons ce rôle du « tout va bien » alors qu’au fond, quelque chose continue de saigner.

Pourtant, comme le dit Boris Cyrulnik, psychiatre et pionnier des études sur la résilience : « Ce n’est pas le traumatisme qui détruit, mais la solitude dans laquelle on se retrouve enfermé après. » Tant que nous dissimulons nos plaies, nous les condamnons à grandir.

Le courage de se montrer vulnérable

Révéler nos blessures demande du courage. C’est accepter de ne pas tout contrôler. C’est prendre le risque d’être vu dans notre fragilité. Brené Brown, chercheuse américaine qui a consacré sa vie à l’étude de la vulnérabilité, dit avec justesse : « La vulnérabilité n’est pas une faiblesse, c’est le berceau de l’amour, de l’appartenance, de la joie, du courage, de l’empathie et de la créativité. »

La Bible le dit aussi autrement : « L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé » (Psaume 34:19). Dieu ne se détourne pas de nos faiblesses, il les accueille comme un point de rencontre. Ce que nous cachons dans l’ombre, il nous invite à l’amener dans sa lumière, non pour nous condamner, mais pour nous restaurer.

Il y a un apaisement réel dans le fait de mettre des mots sur nos douleurs. Jésus lui-même nous y invite lorsqu’il dit :

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Matthieu 11:28-30).

Amener nos blessures à sa lumière, c’est déjà commencer à leur ôter leur pouvoir.

Nous recevons la paix et le repos dans sa présence et son écoute infaillible.

Trouver un regard bienveillant

Mais vers qui se tourner ? C’est souvent la question la plus difficile. Nos blessures sont lourdes à porter, et nous craignons qu’elles soient trop pour les autres.

Il est essentiel de trouver une personne de confiance. Cela peut être un ami, un pasteur, un conseiller spirituel, un thérapeute. Quelqu’un qui saura écouter sans juger, accueillir sans fuir. Comme dans la parabole du Bon Samaritain (Luc 10:25-37), nous avons besoin de rencontrer celui ou celle qui s’arrête, qui prend le temps, qui verse de l’huile et du vin sur nos plaies pour favoriser la guérison.

Si nous ne trouvons pas ce soutien dans notre entourage immédiat, il ne faut pas hésiter à chercher des professionnels formés pour cela : psychologues, psychiatres, thérapeutes. Demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de responsabilité envers soi-même.

Le chemin de cicatrisation

Guérir, ce n’est pas effacer le passé. Une cicatrice ne disparaît pas totalement, mais elle cesse de faire mal. Elle devient une trace, une mémoire, parfois même une force nouvelle. Boris Cyrulnik parle de « métamorphose » plutôt que de simple réparation : transformer une douleur en occasion de croissance.

Sur le plan spirituel, cette métamorphose se vit aussi : l’apôtre Paul dit que « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8:28). Même nos blessures peuvent devenir des lieux de témoignage, des sources de compassion pour ceux qui souffrent à leur tour.

Cela demande du temps. Dans les soins médicaux, on retire progressivement les pansements pour laisser la plaie respirer. Dans nos vies, il en va de même : on apprend peu à peu à retirer les couches de protection, à laisser entrer la lumière, à se montrer authentiques.

Oser franchir le pas

Si tu lis ces lignes et que tu portes en silence une douleur enfouie, sache ceci : tu n’es pas seul(e). Tu n’as pas à continuer d’avancer en serrant les dents. Tu as le droit d’avoir mal, le droit de chercher du soutien, le droit de recevoir soin et attention.

Peut-être qu’un premier pas, aujourd’hui, est simplement d’écrire ce que tu ressens. Peut-être est-ce de tendre la main à un ami de confiance. Peut-être encore est-ce de prendre rendez-vous avec un professionnel. Quoi qu’il en soit, n’attends pas que la gangrène gagne trop de terrain.

Les plaies guérissent quand elles respirent. Et toi aussi, tu peux apprendre à respirer à nouveau.

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