Je veux être bienveillante, mais pas au prix de mon courage

Il y a des mots que l’on aime afficher comme des bannières. Des mots qui font du bien rien qu’à les lire, à les entendre, à les prononcer. “Bienveillance” en fait partie. C’est un mot qui apaise. Qui rassure. Qui évoque l’écoute, la douceur, le soin de l’autre.

Un mot qu’on glisse avec fierté dans nos bios, nos posts, nos échanges du quotidien. Comme un sceau d’intention noble. Comme une promesse de sécurité.

Et c’est vrai, être bienveillant est une qualité précieuse.

C’est un fruit de l’amour, un fruit de l’Esprit de Dieu en nous, nous rappelle la Bible.

Mais voilà : il y a quelque chose d’inconfortable que je remarque de plus en plus autour de ce mot. La bienveillance est en train de devenir une injonction. Et parfois, une injonction qui nous empêche de dire ce qui dérange.

Quand la bienveillance devient un piège social

On veut être aimés, acceptés, reconnus comme “des personnes bien”. Alors on fait attention à nos mots. On mesure nos réactions. On arrondit les angles. On garde pour soi ce qui frotte, ce qui heurte, ce qui pourrait créer un inconfort.

Mais à force, la bienveillance devient un masque.

Un masque de douceur qui cache la peur.

Un masque de paix qui dissimule le renoncement.

Un masque d’écoute qui sert parfois à esquiver les sujets brûlants.

Combien de fois ai-je tu mes ressentis, mes convictions, mes blessures au nom de cette fameuse “bienveillance” ? Combien de discussions mises de côté, de non-dits accumulés, de limites non posées, juste pour ne pas heurter, pour ne pas froisser, pour ne pas “faire de vagues” ?

Une fausse paix qui coûte cher

Cette version de la bienveillance — celle qui évite le conflit à tout prix — n’est pas saine.

Elle est frileuse, pas courageuse.

Elle nous pousse à nous effacer, à lisser ce que nous sommes pour rester acceptables.

Elle nous apprend à désamorcer, mais pas à nous affirmer.

Et au bout du compte, cette paix qu’on cherche tant à préserver, est-elle réelle ? Ou est-ce simplement une façade, une harmonie artificielle qui étouffe les véritables émotions, les désaccords féconds, les tensions nécessaires à toute relation vivante ?

Quand on évite systématiquement de dire ce qui dérange, on ne construit pas des ponts, on construit des murs invisibles. Et à l’intérieur de ces murs, on s’abîme. On se renie. On se tait au lieu de se dire.

Une bienveillance courageuse

La bienveillance que je veux cultiver — pour moi, pour ma fille, pour mes proches — c’est une bienveillance authentique, pas une performance sociale.

C’est une attitude enracinée dans l’amour, mais un amour vrai, pas un amour docile.

Être bienveillant, ce n’est pas éviter les conversations difficiles.

Ce n’est pas minimiser ce qu’on ressent pour ne pas “faire de bruit”.

Ce n’est pas maquiller une vérité sous un sourire poli.

C’est oser dire les choses avec respect, mais avec clarté.

C’est poser des limites, même si cela crée une tension passagère.

C’est nommer l’injustice, même si cela dérange.

C’est refuser de sacrifier sa vérité sur l’autel de l’harmonie apparente.

Parce que parfois, aimer, c’est confronter.

Parfois, écouter vraiment, c’est oser dire “Ce que tu dis me fait mal.

Parfois, respecter l’autre, c’est aussi lui renvoyer le miroir de ses actes.

Une bienveillance qui libère

On ne guérit pas dans le silence.

On ne grandit pas dans la complaisance.

On ne bâtit pas de vraies relations en évitant ce qui gratte.

Et je crois profondément que Dieu ne nous appelle pas à une bienveillance molle, mais à une bienveillance ferme, vivante, incarnée.

Une bienveillance qui ose. Qui parle. Qui agit.

Une bienveillance qui choisit la vérité, non comme une arme, mais comme un chemin vers plus de lumière.

Je veux enseigner cela à ma fille : que dire ce qu’on pense n’est pas un manque de douceur, mais parfois la forme la plus haute de l’amour. Que poser ses limites est un acte de dignité. Que le courage et la bonté ne sont pas ennemis, mais alliés.

Je choisis une posture juste, pas une image lisse

Il est temps qu’on se réconcilie avec l’idée qu’aimer ne signifie pas toujours plaire.

Qu’être bienveillant, ce n’est pas se taire, mais parler avec sagesse.

Qu’on peut être doux sans être passif, tendre sans être effacé, paisible sans être silencieux.

Je veux être bienveillante, oui. Mais pas au prix de ma vérité.

Pas au prix de mon intégrité.

Et surtout, pas au prix de mon courage.

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