La dîme, entre liberté de donner et manipulation spirituelle

Avant la nouvelle alliance en Jésus-Christ, le peuple de Dieu vivait sous la loi. Cette loi, donnée à Moïse, comprenait les dix commandements, mais aussi tout un ensemble de règles précises qui encadraient la vie spirituelle, sociale et même alimentaire d’Israël. Parmi ces prescriptions, il y avait celles qui régissaient le culte et l’adoration : le temple, les offrandes, les sacrifices, les vêtements des prêtres, les fêtes religieuses… et bien sûr, la loi des dîmes et des offrandes.

La loi, la grâce et le cœur qui donne.

Tout était détaillé et codifié. On savait exactement quoi donner, à quel moment, à qui, dans quelles conditions et selon quel rituel. La dîme, dans l’Ancien Testament, n’était pas un simple geste de générosité personnelle, c’était une obligation légale et religieuse. Elle servait à soutenir le culte, les Lévites (qui n’avaient pas de terre pour cultiver) et à venir en aide aux pauvres.

Avec la venue de Jésus-Christ, tout bascule. L’Évangile nous révèle que le temple n’est plus un bâtiment en pierre, mais une personne : le Christ lui-même. Le grand prêtre n’est plus un descendant d’Aaron, mais Jésus, qui intercède pour nous auprès du Père. Le sacrifice ultime qui plaît parfaitement à Dieu n’est plus celui d’un animal sur un autel, mais celui du Fils de Dieu sur la croix. Et la plus belle offrande que nous puissions présenter à Dieu n’est plus une part de nos récoltes ou de notre argent, mais notre cœur, notre vie tout entière.

Un cœur qui s’offre entièrement à Dieu ne peut pas rester indifférent aux besoins des autres. Il donne naturellement, avec joie et générosité, sans qu’on ait besoin de le forcer. Le Nouveau Testament est clair à ce sujet : « Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Corinthiens 9:7). Donner devient un acte d’amour, et non plus une obligation légale.

Donner librement. Pas sous la peur, ni la contrainte.

Pourtant, dans certaines églises aujourd’hui, on continue d’enseigner que si un chrétien ne verse pas sa dîme, il est en train de « voler Dieu », en se basant sur un verset de Malachie 3:8-10. Ce verset, replacé dans son contexte, s’adressait à Israël vivant sous l’Ancienne Alliance, et non à l’Église née de la résurrection du Christ. Utiliser ce texte pour imposer une obligation financière aux croyants d’aujourd’hui, c’est déformer la Parole et mélanger deux alliances qui ne fonctionnent pas de la même manière.

Soyons clairs : dire à un chrétien que s’il ne donne pas 10 % de ses revenus à l’église, il vole Dieu, c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle et spirituelle. Ce n’est pas ainsi que fonctionne la générosité dans la grâce.

Ce que l’église peut dire honnêtement.

Cela ne veut pas dire qu’une église ne peut pas avoir des besoins financiers ou organiser la collecte de fonds. Mais si une communauté estime qu’il lui faut un certain montant par membre pour assurer son fonctionnement — payer un loyer, soutenir des ministères, financer des actions sociales — qu’elle le dise simplement. Qu’elle présente un budget transparent. Qu’elle explique combien coûte l’électricité, l’entretien, la location de la salle, l’aide aux familles… et qu’elle invite chaque membre à contribuer selon ses moyens et sa conviction.

Ce genre de transparence permet de responsabiliser les membres et de créer un sentiment d’appartenance. Les gens ne donnent pas seulement parce qu’on leur dit que Dieu l’exige, mais parce qu’ils comprennent concrètement à quoi servent leurs dons et qu’ils y croient.

Le problème, c’est quand on remplace cette transparence par une forme de pression spirituelle. On transforme un besoin humain en loi divine. On insinue que Dieu est mécontent si la somme n’est pas donnée. On manipule la peur des croyants au lieu de nourrir leur foi. Et pour rendre cette collecte encore plus « efficace », on finit par institutionnaliser la règle, comme si elle venait directement du ciel.

La vraie offrande qui plaît à Dieu.

Mais la vérité biblique est toute autre. L’offrande qui plaît à Dieu n’est pas d’abord un montant précis, c’est un cœur qui se donne. C’est quelqu’un qui, touché par l’amour de Dieu, veut bénir les autres et soutenir l’œuvre de l’Évangile, non pas par obligation mais par désir.

Celui qui veut donner 10 % de ses revenus peut le faire. Celui qui veut donner 20 %, 50 % ou même tout ce qu’il possède peut le faire aussi. Mais que ce soit toujours par amour, par conviction et en toute liberté de conscience. Car un don arraché sous la contrainte ou la culpabilité perd sa saveur spirituelle.

La contrainte, la culpabilisation et la manipulation ne viennent pas de Dieu. Et si vous vous demandez si vous êtes manipulés, écoutez votre cœur. Ressentez-vous de la paix, de la joie, une envie sincère de contribuer ? Ou bien sentez-vous de l’angoisse, de la peur, un poids sur vos épaules ? Paul rappelle dans Romains 14:17 que « le Royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit ». Si votre don ne s’accompagne pas de cette paix et de cette joie, il y a un problème.

En réalité, un cœur donné à Dieu sera toujours plus généreux qu’un portefeuille soumis à la peur. Car quand l’amour guide nos gestes, nous donnons non seulement ce qui est nécessaire, mais souvent davantage. La différence, c’est que dans la grâce, ce « davantage » ne se mesure pas seulement en argent, mais aussi en temps, en énergie, en écoute, en soutien moral, en hospitalité.

Donner devient alors une manière de vivre, pas un pourcentage imposé. On donne dans la discrétion, on donne avec joie, on donne parce qu’on sait que tout ce que nous avons vient de Dieu. Et plus nous expérimentons sa fidélité, plus nous voulons être généreux à notre tour.

Dieu ne cherche pas votre argent. Il cherche votre cœur. Et quand il a votre cœur, tout le reste suit.

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